mardi 6 novembre 2018

CHRISTIANE CHEVALEYRE - VILLES


Christiane est ronde, douce, en parole, en empathie, maternelle et enveloppante.


Sa peinture taillée au couteau, en angle droit, verticale et austère.




Les formes/couleurs font la Peinture. L'œil-esprit est content quand il trouve sens et ressemblance, quand il peut nommer. Donner un titre, c'est rassurer. Le spectateur satisfait est alors accueilli en territoire connu et nommé: 
 « Ville ».


Villes verticales, comme tendues vers un horizon improbable. Une peinture efficace, sans artifice. Seulement une avenue, vaste, tendue vers un horizon sans cesse repoussé.Toujours la même ville qui se continue à l'infini. Villes sans ou après les hommes, vide d'habitants.



Façades sombres, rectilignes, des couleurs très travaillées, des tons rompus, vigoureux, posés en larges aplats. Villes en tranches et tranches de villes découpées au couteau, aux teintes mêlées, longuement cuisinées sur la palette. 


C'est dans ce territoire caché de la peinture de Christiane que je me suis aventurée. J'ai contourné les cubes et les rectangles bruns aux teintes sombres. 




Villes imaginaires ou antiques cités,disparues, villes d'Apocalypse. Des villes inhabitables, des termitières géantes où l'humain n'apparaît plus. L'humain trop petit pour être vu, replié à l'intérieur comme dans un cocon, dans une cachette, une prison dorée, moderne, matérielle avec tout le confort.


 C'est dans ce monde intérieur de la peinture que je suis allée flâner, sous les dômes de verre, tout en rondeur comme des seins de mère nourricière, une opulente poitrine de dômes blancs sous lesquels la vie est possible, sous lesquels, la vie respire. Cultures vivrières et fontaine de lait. Dehors c'est pollué. Sous la Mère seulement, la vie est possible, à l'abri. 




Les « Saintes Maries » au coucher du soleil




La peinture de Christiane prend ici une dimension d'art sacré. Christiane, Marie, de son deuxième prénom réalise une peinture semi abstraite qui ressuscite le passé mythique et religieux de la Provence. Les éléments symboliques en croix superbement suggérés par de grandes verticales nous invitent à voyager dans l'Histoire Sainte.

Un groupe de chrétiens chassés de Palestine au premier siècle débarque en Camargue.

Il y a Marie Madeleine et sa sœur Marthe avec Lazare, le frère ressuscité, Marie Jacobée, et Marie Salomé demi sœur de Marie, mère de Jésus et mère elle-même de Saint Jacques de Compostelle. A leur arrivée sur place, ils furent accueillis par Sarah la Noire qui devint servante des trois Maries.

Marie Madeleine ira jusqu'au massif de la Sainte Beaume et Marthe à Tarascon où elle terrasse un dragon, la célèbre tarasque. Les deux Maries et Sarah furent ensevelies sur place.


La commune des Saintes Maries est la troisième commune la plus étendue de notre métropole après Arles. Elle était enserrée autrefois dans une enceinte de ruelles étroites avec les grands espaces de marais tout autour.

Pays de terres et d'eaux mêlées, de soleil, de grands espaces et de vent,

Christiane fait se côtoyer librement les couleurs, comme les émotions.

Mes souvenirs affluent:

Chevauchées fesses serrées au galop dans les marais, avec l'air et le vent

Qui fouettent la peau et font se soulever la poussière et la crinière des chevaux.

Lumière et sentiment de liberté.

La chaleur partout et le goût du sel. 




Peintures : (huile) - Christiane CHEVALEYRE

                                               Texte : Marie-Pierre BAYLE