vendredi 2 juin 2017

LES NUS PEINTS ET LA PRESSE

   Le Progrès : Vingt-sept Tupins se mettent au nu
    
Le Pays : Avec les Tupins, le nu se dévoile !

Merci aux correspondants de ces journaux qui ont accompagné ce vernissage.

mardi 30 mai 2017

LES NUS PEINTS DES TUPINS VERNISSAGE

Branle-bas d'accrochage ce lundi en début d'après-midi au Théâtre des Pénitents de MONTBRISON.
Chaque année j'indique que la couleur noire des murs et l'éclairage rendent la prise de photos problématique donc rien ne remplacera une visite  :

Exposition visible jusqu'au vendredi 9 juin au matin, décrochage dans l'après-midi.

Horaires d’ouverture :
Du lundi au vendredi de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h30
Samedi de 9h à 12h30 et de 14h à 18h
Fermé le jeudi matin.

Un tour de salle 
de gauche à droite : Yvette DESCHAMP (1) - Marie-Henriette BORY (2) - Jean VALETTE (1) - Claude MEYNIER(2)

Pierre-Marie NEEL (1) - Michel VALHORGUES (2)

Anne-Marie REYNAUD (2) Pierre COMBAT (2)

Mijo MICHEL-KAWA (1) - Anouch (1) - Bernard CORDIER (2)


 Élisabeth IMBERDIS (2) Mijo (1)


Christiane CHEVALEYRE (2) - André TISSOT (2)


Marie-Pierre BAYLE


Maryse CORTIAL (2 aquarelles) - Jean Paul CORTIAL(1 pastel) - Théo ROSSLER (2 pastels) - Michèle LANDROT (2 aquarelles)

D'autres photos viendront pour  les tableaux manquants.

Après l'accrochage et la préparation du vernissage


en attendant nos invités, la pause. 

À 18h, le vernissage pouvait débuter
Madame GROSSMANN, adjointe à la culture entamait une réflexion sur le thème choisit pour cette exposition.

 
Monsieur BONNEFOY, conseiller départemental, soulignait la variété des styles des œuvres proposées et l'implication des Tupins dans la vie Montbrisonnaise

 Jean VALETTE, remerciait les amis présents à ce vernissage et présentait l'exposition et les questions soulevées cet hiver à l'atelier sur le thème.
Sur la photo, au centre, Henri DALEME, nouveau directeur des Pénitents que les Tupins tiennent à remercier pour son accueil.

Ensuite un buffet bien garni pour échanger autour des tableaux.





Merci à tous ceux qui se sont impliqués (exposants ou non, Tupins ou non) dans la réussite de ce vernissage .

D'autres photos suivront ce post.




jeudi 6 avril 2017

CAPUT MORTUUM

 
Le mot "Vanité" a un double sens. Il désigne aussi bien le tableau, que l’idée que tout est illusoire, insignifiant, futile, vide.


Une vanité est une représentation allégorique de la mort, du passage du temps, de la vacuité des passions et activités humaines.


Le thème est très ancien, présent chez les antiques grecs, il se constitue en genre pictural autonome en Flandres et en France. Prisé à l’époque baroque, les vanités vont disparaître au XVIIIe siècle puis renaître avec Cézanne et plusieurs peintres du XXe. Les objets représentés symbolisent l’aspect dérisoire des activités humaines. Le temps qui passe trop vite, la fragilité, la destruction, le triomphe de la mort avec comme objet symbole un crâne humain, mais ce peut être un sablier, une fleur coupée, une femme tenant une faux.





Premier travail d’une série de Vanités «Caput mortuum» sur carton avec inclusion de graines de boulgour dans le gesso pour donner de la matière. Le Caput mortuum est un pigment ocre artificiel de couleur brun violacé obtenu par calcination du sulfate de fer.



C'est Jean Valette qui raconte :

«Il y a longtemps en Bretagne, j’avais été impressionné par les boîtes à chef, petites constructions artisanales de bois posées sur des étagères, dans un coin sombre d’église de sombre granit, logeant le crâne d’un défunt que l’on aperçoit au travers de la découpe en forme de cœur de ces petites maisons alignées. Un nom des dates et l’œil vide d’un crâne blanc qui vous regarde.»


Les petits cimetières bretons ne pouvaient accueillir qu'un petit nombre de caveaux. Au bout de cinq ans, on exhumait les trépassés pour verser à l'ossuaire les ossements inférieurs. Les crânes ou chefs sont mis à part et conservés dans de petites chasses en bois blanc comme à Saint Pol de Léon, St Fiacre.
La Vanité nous parle de transition, de passage, de transformation, d’aller à l’essence, à l’os. Rencontrer le dur, la forme essentielle, la forme originelle du corps humain. Mourir, Passer d’une forme au sans forme, comme la forme liquide passe à l’état gazeux, sans pour autant cesser d’exister. Un émiettement du corps, un émiettement de l’âme? Les os, le crâne ont la vie dure et peuvent durer. Pendant cinquante mille ans le carbone quatorze reste dans les os et le crâne peut être daté. Drôle d'idée de parler de vanité? le chef, le crâne passera infiniment plus de temps à être mort qu’à être vivant. Dans les rites funéraires anciens, le squelette après une ou plusieurs années est déterrée, nettoyé. Nettoyer les os des ancêtres, leur rendre hommage, reconnaissance, affection. Honorer par le geste, la prière, la pensée, purifier la lignée.
Le crâne comme objet d’art.



 Nouvelle Vanité de la série «Boîte à chef» carton huile 28x37 cm à accrocher dans un coin sombre. Le crâne couleur caput mortuum apparaît à peine sur le fond.


Peindre pour exorciser? Clin d’œil d'une orbite vide. La tête de mort fait peur ou fait sourire. Tonalité sombre de la toile et fort contraste rouge. L'ombre et les dents qui se détachent. Dans la toile de Jean, la couleur intensément ivoire lumineux d'une mâchoire d'outre-tombe en dehors de la tombe, un appel, un rappel, de peurs vécues dans l'enfance et que l'on peut exorciser par la peinture. Rêves, Réminiscence, provocation ou invitation au questionnement métaphysique.

Epicure vers 300 av JC affirme que la mort n'est rien pour nous. Il est absurde de redouter ce que l'on ne rencontre jamais. Soit je suis mort et je ne fais pas l'expérience de la mort, soit je suis vivant et je ne fais pas l'expérience de la mort. Je ne suis mort que pour les autres vivants.
Y a-t-il une perception, une forme de sensibilité après la mort ? La survie de mon être pensant ? La croyance à une âme libérée du corps est une croyance universellement répandue et au cœur des religions. La survie de mon «moi pensant» ! Et si dans la mort je ne perds que le corps, cela me donne une responsabilité et m'invite à une éthique de vie et la souffrance vient de l'attachement que l'âme a conçu à l'égard du corps.
Méditation sur l’après vie, la vanité des choses, éveiller l’émotion, la mélancolie, la certitude et l’impossibilité de perdre la vie. Qu’est ce qui s’en va quand la vie s’en va ? Et si dans la mort on ne perdait que le corps, la matière abandonnée à elle-même, dissociation, séparation. La vie, conscience, énergie vitale, visible et invisible, âme. La vanité de la matière, est-elle si vaine que cela ? C’est la matrice. Naître reprendre matrice.

Connaissez-vous le moyenâgeux " Dit des trois morts et des trois vifs" : Trois jeunes seigneurs, beaux, richement vêtus et pleins de morgue rencontrent  au cours d'une partie de chasse trois "transis" qui les admonestent ainsi : 

Tel nous fumes comme vous êtes, et tel que nous sommes vous serez.




Si la vie est vanité, la mort passage obligé. Pour qui est venu à l’existence, la mort est certaine. Naître a son corollaire mourir. L’inverse est-il vrai. Pour qui est mort, la nouvelle naissance est-elle inéluctable jusqu’à ce que la conscience soit suffisamment éclairée pour pouvoir choisir, de revenir ou d’accéder à la délivrance. L'état humain pour expérimenter la liberté. L’état divin n’étant pas un état libre. Le choix plus ou moins éclairé est l’apanage de l’humaine condition. Seul l’humain a le choix, l’animal est mu par ses instincts, et la peur le conditionne. 


 La première "Danse macabre" parcourait dans sa farandole épouvantable le pourtour du cimetière des Saints-Innocents à Paris, où, entre les fosses communes, des prêcheurs de l'apocalypse, des recluses à vie, des écrivains publics et le soir des "pécheresses" vivaient dans une odeur méphitique...

Près de chez nous la danse macabre de La Chaise-Dieu. 

Les dernières images en ombre du "Septième sceau d'Igmar Bergman.





Rendre l’âme. Mourir dans son sommeil est-il la plus merveilleuse des morts ?? ou un comble d’ignorance, un long sommeil d’oubli, un rêve dont on ne se réveille pas. Qui meurt ? Qui a conscience d’être mort, le «je» serait-il seulement lié au souffle, un moi à éclipse inspiration-expiration et un entre deux d’éveil ou d’ignorance, dont on ne peut rien dire. 
 

Faire table rase pour avoir la place de recommencer à jouer la vie avec de nouveaux pions. La vie demande ou exige de faire table rase. Une civilisation apparaît, se démesure et plus elle atteint la démesure, plus elle s’efface. Si la création a pris sept Jours, le septième, il faut faire table rase et tout recommencer. Nous sommes établis sur des restes. Hommage à l’imprévisible créateur des sauvageries du monde.

"Qui aime la mort aime la vie" (François Mitterrand).



Alors aimons la vie et remercions pour la chance d’être né humain, le seul état qui offre la délivrance des états conditionnés d’existence.


Texte : Marie-Pierre BAYLE
Peintures : Jean VALETTE

jeudi 23 mars 2017

LA VIE QUI DANSE


Marie Jo aime les tissus, le patchwork moderne et la création tout azimut. 


Liberté des formes, non conformisme.


Audace des couleurs souvent criardes et pourtant ça marche, le résultat chaque fois étonnant. 


Femme minuscule et dénudée, qui tient à la main des chaussures géantes majuscules, disproportionnées. Chevelure jaune citron et fleurs de feu, des couleurs pétantes et le résultat à la fois émouvant et somptueux. 


Femme objet et l’objet femme.
Femme en démonstration, « Nue » en vitrine, femme fragile, désemparée en quête. Insatiable quête d’avoir : acheter, accumuler, remplir. L’avoir peut-il combler le vide de tendresse et de reconnaissance.



 Affaire de cœur, affaire d’amour à combler coûte que coûte.
Sur la toile, une évocation pleine de poésie joyeuse, haute en couleurs contrastées 


La Danse de la vie et la vie qui danse
Celle qui vole et s’enroule à travers des rouleaux d’arc en ciel cherche à se libérer.
Est-elle danseuse, femme masquée, ou déesse.
Légère, souple et fragile.
Piste d’envol pour un Palais de lumière et d’ombre.


En rêve, vous est-il arrivé de voler, être plus léger que l’air ?
Se dégager du sol, aller voir là-haut au risque de tomber ! 


Danse,  transformation, métamorphose.
Voler, un souvenir ancien lové entre les omoplates,
A la racine des ailes chez chacun d’entre nous. 



Se dégager de la pesanteur terrestre.
Nous avons été oiseau autrefois, 



Il reste dans nos gênes et dans notre mémoire
Des souvenirs de ciels, d’espaces illimités, d’ultime liberté.





mardi 28 février 2017

STAGE HAROUNA

Pour donner une idée de l'ambiance studieuse et conviviale de ce stage avec un artiste Burkinabé Harouna Ouedraogo, cette petite vidéo de l'atelier du samedi 25 février 2017.


dimanche 19 février 2017

TU TE SOUVIENS

 Quand je suis rentré d’Algérie j’avais dix huit ans raconte Bernard, c’était en 62. Le bateau sur lequel toute la famille a embarqué faisait son dernier voyage, il allait ensuite partir à la ferraille et le capitaine, lui, partait à la retraite. La fin d’un monde. La fin d’une époque. 

 Tu disais adieu à ton enfance, ta jeunesse, ton insouciance. Rentrer au pays. De Gaulle venait de donner son indépendance à l’Algérie et toi tu tenais une valise remplie en vrac par des parents trop pressés de sauver ce qui pouvait l’être. Une maison vidée de ses habitants, la plaine infinie déserte par la grande fenêtre. Quitter un pays, comme un livre sans écriture. « Venez au moins manger un couscous avant de partir » la femme qui vous invite fait à manger à même le sol en terre battue sur son canoun. L’odeur d’harissa et d’épices vient emplir le cœur et les narines. Sur son petit réchaud, toujours le thé brûlant, hyper sucré avec menthe nana. Tu as vu les yeux soulignés de khôl de Yasmina la jeune voisine en secret amoureuse de toi.  La tristesse dans ses yeux quand vous vous êtes quittés. Ce sourire triste, dernier souvenir des années de jeunesse dans les terres du sud,  tu l’as mis dans tes peintures.

        
 Retrouver l’Afrique du nord, tu y penses depuis des années, mais tu hésites. Risquer de retrouver les souvenirs d’une enfance particulièrement heureuse. Risquer d’être déçu du rêve presque idyllique que tu t’es construit.    
Avec ta compagne, il y a quatre ans tu as fini par prendre un billet d’avion pour Casablanca.  L’odeur de l’océan et les eucalyptus partout présent. Des voitures, des mobylettes partout et plus aucun bourricot. Tu traverses la Kasbah, les burnous, les djellabas, le muézine et ses appels à la prière,  les rues bruyantes, les odeurs d’épices qui sortent des portes ouvertes, les couscous, les tagines qui mijotent sur le feu dans les arrière-cuisines. A travers le dédale des ruelles tu te diriges vers le poste de police là où ton père officiait avec le logement attenant. On t’accueille les bras ouverts à la manière chaleureuse des gens du sud. « Tu es un des nôtres ». On te fait visiter les lieux, des bribes te reviennent de ton passé d’enfant, français à l’étranger. Discrètement on te demande tes papiers d’identité, c’est normal pour retrouver ton père. À la recherche de ta jeunesse et à la recherche de la vie de ce père que tu admirais tant.

 Cette année-là, ton père venait d’être nommé en fonction au Maroc.    

 Tu te souviens d’une arrivée à Casablanca, lorsque tu étais enfant. Il n’y avait pas de port à l’époque, ton père a du prendre ta mère dans ses bras pour débarquer, il avait de l’eau jusqu’aux genoux et toi tu regardais étonné de la scène.
A l’époque le Maroc était un protectorat français. Né d’une famille auvergnate montée à Paris, ton père servait l’état français dans la police pour des missions longues. Au Maroc, il rencontre ta mère d’origine sicilienne. Toi, tu es né à Casablanca. Ton enfance à Yousoufia : Louis-Gentil un douar dans la banlieue.


 Servir la nation, une transmission ancestrale chez vous ! Un roman familial fait d’épopées mémorables.  Ton grand père maternel d’origine sicilienne a kidnappé au monastère une jeune nonne sicilienne, ils partent et s’installent tous les deux au Maroc, lui travaille pour l’état français dans l’exploitation des mines de phosphates de Casablanca.

 À la veille de la 2ème guerre un de tes oncles sicilien s’engage à 18 ans dans la légion étrangère. Toujours l’honneur du drapeau.

 Tu te souviens des larmes de ton père le jour de l’indépendance du Maroc, lorsqu’ils ont enlevé le drapeau français au bureau de police pour mettre à la place le drapeau marocain.

 Tu te souviens des déménagements au gré des mutations, à chaque fois une vie à refaire. 

 De 1956 à 58 ton père est nommé brigadier de police dans les Vosges près d’Epinal. Une dramaturgie familiale qui souffle le froid et le chaud, faite de départs parfois en catastrophe et d’arrivée dans un pays inconnu où il faut s’adapter à des gens nouveaux. Tu regrettes la nourriture épicée et la chaleur des villages en bordure du désert dans la région de Casablanca Rien à voir avec la froidure des hivers des Vosges près d’Epinal. S’adapter au gré des postes dans la police.

 En 1958, c’est l’Algérie, avec ses paysages magnifiques,  à Oran et à Nemours un douar près de la frontière marocaine. Tu as onze ans. Tes jouets, des  noyaux d’abricots qui passaient de main en main. Près du village, avec les bandes de gamins, vous jouez au foot avec des grenades fruits ramassées sous les arbres. Depuis l’orangeraie, vous guettez l’arrivée des caravanes sur la longue piste en terre qui prolonge le village en direction du désert. 


 Les dromadaires transportent des sacs chargés de sel vers les villes de la côte, aujourd’hui les nomades sont guides de randonnée pour les touristes en mal de dépaysement. Tu trouves que c’était mieux avant, du temps des français. Les choses et les paysages se sont dégradés. Il reste les ruines de puits d’extraction de pétrole à l’abandon dans le désert. Ce jour-là, comme le vent charriait du sable venu du désert et qu’il s’insinuait sous les portes, tu as senti que le pays se refermait, que plus rien ne serait comme avant, qu’il vous fallait partir, vous étiez indésirables dans cette Algérie qui ne voulait plus de vous. Vous êtes repartis vers la France.

 Dans ta mémoire les cavaliers sont encore là. Les  hommes bleus du désert et leurs histoires  mystérieuses. 


Rêves d’itinérance et de vie nomade.


Le lointain comme l’amour où la poésie est toujours peuplée de merveilles.


Texte Marie-Pierre BAYLE

Tableaux  "REIDROC"