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lundi 9 mai 2016

SE DONNER LE TEMPS DE RÊVER



  Jean-Claude Vernay, aquarelle, avril 2016.


 Sur la palette Jean Claude a choisi ses couleurs :
Jaune lumière pour l’impression du fond,
Vert printemps pour les feuilles exposées à la clarté
Vert bleu plus foncé pour les feuilles restées dans l’ombre.
Le peintre plante la vigne pied à pied.
Grand amateur, il fait pousser chaque rangée,
Pied après pied l’esprit tout absorbé.
Des notes marron bois et d’autres vert feuillé.


 

La conscience en paix, poser et reposer
L’une après l’autre en  touches brun foncé
Les plants de vigne, en rangées, toutes alignées,
En courbes douces ou resserrées,
Devant château millésimé, « grand cru de bordeaux » apparenté. 


Recommencer à peindre,
Ne rien oublier, ajouter les rosiers, tous en fleur de rosée.
Sinon la récolte ne sera pas bonne.

Le tableau raté, non-conforme à la réalité.
Réinventer, une nécessité, même avec un modèle bien détaillé.

Le château regarde de toutes ses fenêtres.
Le châtelain, caché derrière observe de loin. Il a évalué la récolte. 

 

Son regard se perd dans le labyrinthe de la plantation.
Irrésistiblement attiré par l’arène centrale.
Blanc tout simplement, l’espace des vendanges futures,
Là où les hommes poseront la hotte et les caisses de raisins.
Il a eu raison de laisser cet espace vacant.
 
 C’est lui qui  éclaire toute la toile.
Son regard s’attarde, embrasse une fois encore l’ensemble du vignoble,
Se laisse prendre  par le rythme des rangées.
Un agacement salutaire, une hallucination du regard
Tout simplement se donner le temps de rêver.

           
  Marie Pierre Bayle  30 Avril 2016

jeudi 7 avril 2016

DIALOGUE

Dialogue entre un tableau de Claude MEYNIER et un texte de Marie-Pierre BAYLE.

Un brouillard à couper au couteau, opaque, gris fumée bleuté intense occupe de manière uniforme tout l’espace du paysage. Du sommet d’une colline invisible, une de ces collines qui surplombent la plaine du Forez, depuis que les volcans anciens ont craché leur lave noircie, depuis que des troupeaux de rhinocéros laineux partagent les pâturages des bords de Loire avec les bisons. L’homme n’est pas là. Pas encore, à moins qu’il n’ait déjà disparu. Le début ou la fin d’un monde. L’histoire ne le dit pas. La puissance animale des instincts à l’état naturel, sans entrave, sauvage, à l’état brut
 

D’abord rien, le brouillard épais, puis sur la toile, à chaque coup de pinceau, la silhouette massive épaisse et magistrale, superbement dessinée d’un bison apparaît la première, suivie en arrière plan par celle plus légère d’une femelle qui reste en retrait, dans l’expectative, sans oser avancer. La scène est fascinante presqu’irréelle. Rien ne bouge, une immobilité fragile pendant laquelle dans l’œil en amande largement ouvert du mâle au premier plan, on peut percevoir le troupeau des bisonnes qui paissent en contrebas dans la plaine. Un instant d’arrêt, une interrogation muette, un long mugissement silencieux, l’appel irrépressible des instincts, la force taurine, la fuite obligée. Il neige maintenant. Les sabots des bêtes foulent une neige épaisse, une lumière traverse le tableau, elle enveloppe d’une écharpe de brume légère le dos de la femelle.
Tout est figé, en place. En attente.
La photo de famille presque parfaite. Monsieur et madame Bison avant leur séparation.

Monsieur n’a pas bougé, seulement détourné la tête. La lumière s’est intensifiée. Elle dore maintenant son poil épais d’une teinte fauve séduisante. La bisonne sait. Avant qu’il ne bouge, qu’il ne s’élance, elle a compris. Dans ses yeux presque humains, dans ses yeux de femelle déjà abandonnée, seulement la crainte et la peur et aussi l’interrogation.
Quoi qu’il en soit : Elle fera face !