dimanche 19 février 2017

TU TE SOUVIENS

 Quand je suis rentré d’Algérie j’avais dix huit ans raconte Bernard, c’était en 62. Le bateau sur lequel toute la famille a embarqué faisait son dernier voyage, il allait ensuite partir à la ferraille et le capitaine, lui, partait à la retraite. La fin d’un monde. La fin d’une époque. 

 Tu disais adieu à ton enfance, ta jeunesse, ton insouciance. Rentrer au pays. De Gaulle venait de donner son indépendance à l’Algérie et toi tu tenais une valise remplie en vrac par des parents trop pressés de sauver ce qui pouvait l’être. Une maison vidée de ses habitants, la plaine infinie déserte par la grande fenêtre. Quitter un pays, comme un livre sans écriture. « Venez au moins manger un couscous avant de partir » la femme qui vous invite fait à manger à même le sol en terre battue sur son canoun. L’odeur d’harissa et d’épices vient emplir le cœur et les narines. Sur son petit réchaud, toujours le thé brûlant, hyper sucré avec menthe nana. Tu as vu les yeux soulignés de khôl de Yasmina la jeune voisine en secret amoureuse de toi.  La tristesse dans ses yeux quand vous vous êtes quittés. Ce sourire triste, dernier souvenir des années de jeunesse dans les terres du sud,  tu l’as mis dans tes peintures.

        
 Retrouver l’Afrique du nord, tu y penses depuis des années, mais tu hésites. Risquer de retrouver les souvenirs d’une enfance particulièrement heureuse. Risquer d’être déçu du rêve presque idyllique que tu t’es construit.    
Avec ta compagne, il y a quatre ans tu as fini par prendre un billet d’avion pour Casablanca.  L’odeur de l’océan et les eucalyptus partout présent. Des voitures, des mobylettes partout et plus aucun bourricot. Tu traverses la Kasbah, les burnous, les djellabas, le muézine et ses appels à la prière,  les rues bruyantes, les odeurs d’épices qui sortent des portes ouvertes, les couscous, les tagines qui mijotent sur le feu dans les arrière-cuisines. A travers le dédale des ruelles tu te diriges vers le poste de police là où ton père officiait avec le logement attenant. On t’accueille les bras ouverts à la manière chaleureuse des gens du sud. « Tu es un des nôtres ». On te fait visiter les lieux, des bribes te reviennent de ton passé d’enfant, français à l’étranger. Discrètement on te demande tes papiers d’identité, c’est normal pour retrouver ton père. À la recherche de ta jeunesse et à la recherche de la vie de ce père que tu admirais tant.

 Cette année-là, ton père venait d’être nommé en fonction au Maroc.    

 Tu te souviens d’une arrivée à Casablanca, lorsque tu étais enfant. Il n’y avait pas de port à l’époque, ton père a du prendre ta mère dans ses bras pour débarquer, il avait de l’eau jusqu’aux genoux et toi tu regardais étonné de la scène.
A l’époque le Maroc était un protectorat français. Né d’une famille auvergnate montée à Paris, ton père servait l’état français dans la police pour des missions longues. Au Maroc, il rencontre ta mère d’origine sicilienne. Toi, tu es né à Casablanca. Ton enfance à Yousoufia : Louis-Gentil un douar dans la banlieue.


 Servir la nation, une transmission ancestrale chez vous ! Un roman familial fait d’épopées mémorables.  Ton grand père maternel d’origine sicilienne a kidnappé au monastère une jeune nonne sicilienne, ils partent et s’installent tous les deux au Maroc, lui travaille pour l’état français dans l’exploitation des mines de phosphates de Casablanca.

 À la veille de la 2ème guerre un de tes oncles sicilien s’engage à 18 ans dans la légion étrangère. Toujours l’honneur du drapeau.

 Tu te souviens des larmes de ton père le jour de l’indépendance du Maroc, lorsqu’ils ont enlevé le drapeau français au bureau de police pour mettre à la place le drapeau marocain.

 Tu te souviens des déménagements au gré des mutations, à chaque fois une vie à refaire. 

 De 1956 à 58 ton père est nommé brigadier de police dans les Vosges près d’Epinal. Une dramaturgie familiale qui souffle le froid et le chaud, faite de départs parfois en catastrophe et d’arrivée dans un pays inconnu où il faut s’adapter à des gens nouveaux. Tu regrettes la nourriture épicée et la chaleur des villages en bordure du désert dans la région de Casablanca Rien à voir avec la froidure des hivers des Vosges près d’Epinal. S’adapter au gré des postes dans la police.

 En 1958, c’est l’Algérie, avec ses paysages magnifiques,  à Oran et à Nemours un douar près de la frontière marocaine. Tu as onze ans. Tes jouets, des  noyaux d’abricots qui passaient de main en main. Près du village, avec les bandes de gamins, vous jouez au foot avec des grenades fruits ramassées sous les arbres. Depuis l’orangeraie, vous guettez l’arrivée des caravanes sur la longue piste en terre qui prolonge le village en direction du désert. 


 Les dromadaires transportent des sacs chargés de sel vers les villes de la côte, aujourd’hui les nomades sont guides de randonnée pour les touristes en mal de dépaysement. Tu trouves que c’était mieux avant, du temps des français. Les choses et les paysages se sont dégradés. Il reste les ruines de puits d’extraction de pétrole à l’abandon dans le désert. Ce jour-là, comme le vent charriait du sable venu du désert et qu’il s’insinuait sous les portes, tu as senti que le pays se refermait, que plus rien ne serait comme avant, qu’il vous fallait partir, vous étiez indésirables dans cette Algérie qui ne voulait plus de vous. Vous êtes repartis vers la France.

 Dans ta mémoire les cavaliers sont encore là. Les  hommes bleus du désert et leurs histoires  mystérieuses. 


Rêves d’itinérance et de vie nomade.


Le lointain comme l’amour où la poésie est toujours peuplée de merveilles.


Texte Marie-Pierre BAYLE

Tableaux  "REIDROC"



samedi 4 février 2017

DES ESPACES DE LIBERTÉ HEUREUSE

 PROLOGUE : DANS UNE VIE ANTÉRIEURE.

Frère Evelin œuvrait à son pupitre. Il n’avait pas la meilleure place, elles étaient réservées aux enlumineurs ; entourés de leurs encriers de couleurs, du précieux doré fait d’or pur et de safran, ils représentaient l’aristocratie de l’atelier et morguaient les simples copistes.

Il avait demandé la protection des bénédictins après s’être enfui de la masure de ses parents. De faible constitution, affligé, pour le rude travail, de mains trop délicates, on l’y rudoyait du matin au soir. L’abbé avait vite remarqué son habileté et frère Evelin, nourri à sa faim, chauffé au scriptorium, apprécié pour son caractère doux et son écriture soignée, coulait des jours heureux, loin des tentations de ce monde, accoudé à son pupitre.

Il copiait d’anciens manuscrits. La tâche n’était pas sans noblesse. Tant de textes, fleurs de la sagesse des hommes, s’étaient perdus  irrémédiablement dans les incendie et les pillages.
Copier et envoyer dans les abbayes sœur ces sauvegardes pour que survive la sagesse des hommes.
Frère Evelin ne connaissait ni le grec ni le latin. Ces textes lui paraissaient d’autant plus précieux qu’il n’en comprenait pas le sens.


Il taillait soigneusement sa plume d’oie, préparait son encre rouge et noire et lentement, méticuleusement, au fil des heures et des jours qui se suivaient, imitait avec tout le soin dont il était capable les mystérieux caractères.

Il aimait le tracé des lettres grecques. Et particulièrement l’alpha et l’oméga qui figuraient, sculptés,    au tympan de l’église.

Lorsqu’un ancien manuscrit était taché, il se faisait violence pour ne pas copier la tache mais finissait toujours, en fin de journée, par laisser tomber au bon endroit un pâté  d’encre, comme une maladresse due à la fatigue. Il pouvait aller se coucher en paix.

Ce qui  était pour lui mystérieux, il le transmettait à d’autres yeux, tel qu’il l’avait trouvé, à l’identique, en passeur de sagesse et de beauté, pour que le monde continue à l’identique pour les siècles des siècles.


DES ESPACES DE LIBERTÉ HEUREUSE

Pour mes peintures dit Évelyne j'aime  les couleurs vives, le dessin net et précis.
Mes loisirs, faire des ballades en pleine nature pour prendre en photo la beauté d’un paysage, la finesse d’une fleur, son éclat particulier que je reproduis ensuite fidèlement sur ma toile.  J’aime visiter la France et ses villages typiques préservés, toujours à la recherche de composer une belle toile.
Peindre pour enchanter la vie
Évelyne a grand souci du détail,  l’image est reproduite de manière exigeante et fidèle. Rien dans le tracé n’est laissé au hasard, une puriste du détail, les tons affirmés, les couleurs éclatantes, l’inspiration variée !
Peindre, c’est créer du « beau » pour éloigner les imperfections du monde, les peurs, les obstacles. Peindre,  un acte sacré qui doit engendrer la certitude de l’existence des choses et des êtres qui obéissent à des règles précises. Tout est mesuré, calculé.
Viser une perfection. Formes et couleurs obéissent à des règles que le peintre doit respecter.

La peinture d’Évelyne, comme  un  rempart à la dureté du réel.


Ses toiles comme des attrapeurs de rêve, des invitations au Voyage.

 Bouquet printanier, Départ lointain, Nature morte, Sous l’arganier, Piano forte.


Dans son " Bouquet printanier ", marguerite, coquelicot, bleuet, l’exubérance écarlate éclate soudain et envahit tout l’espace de la fenêtre par un après midi d’été. 

"Départ lointain"

Partir avec les grands voiliers d’autrefois, traverser les océans et faire gonfler les voiles sous le vent : Recréer un monde disparu. 

 
Avec " Piano forte " : Chanter sur les notes d’un piano géant, et danser la valse de la vie.
Au-delà des pensées, voir, regarder, contempler, se laisser emporter par la musique comme les danseurs que nous sommes sur le piano de la Vie.


"Sous l’arganier", s’évader, partir avec les nomades au désert. Jaune et bleu, couleurs intenses pour dire la force de la chaleur au soleil d’Afrique.
Un arbre et c’est déjà l’oasis, la sieste sous l’arbre.

Il me revient le voyage en caravane au sud marocain en hiver 2008
 
Le texte est extrait de la dernière partie de  « Soleils d’Orient »
voyage au désert, de Marie Pierre Bayle  publié en 2009

Mohamed notre guide, marche en avant.
 « Vous venez au désert pour le silence… ».
Nous les guides sommes habitués, dit-il
« Au début il est bon de se taire,
Les occidentaux viennent là pour trouver le silence».
Le Silence n’existe pas, le désert bruisse.
Partout un Souffle, 
Un souffle – absence -présence

Qui exalte, qui porte à entendre l’inaudible, l’ineffable.
Les ermites, les mystiques ne sont-ils pas allés chercher Dieu au désert.
Un souffle qui parle, une voix en échos à d’autres voix, une ivresse d’espace.
Mais si l’autre s’éloigne,
Le désert  ramène vite l’angoisse de l’anéantissement…

« Donner de l’espace à l’esprit »
Peu à peu, les yeux apprennent à regarder,
A chercher les signes de vie, les traces, les arbustes.
L’action combinée du vent et du feu, de l’air et de la chaleur excessive épuise la terre. Au pied des buissons et des arbustes, le sable s’accumule
En petites dunes qui montent jusqu’à étouffer le vert,
la végétation, le vivant.
La terre s’émiette se craquelle, se poussière,
La mort rôde,
Sous la forme des os blancs de dromadaire.
Le déséquilibre des éléments,
La rareté de l’eau, l’oued à sec depuis longtemps
Marcher dans un espace aussi vaste,
Tellement vaste que l’appréciation des distances  est changée.
Et si la planète  devenait petite comme dans le « Petit Prince » de Saint Exupéry. L’illustration du livre, vous la voyez,…..
La planète qui devient toute petite….
L’allumeur de réverbère, celui qui chaque jour
Remonte les lumières. Le Peintre réalise cette magique 

Marcher avec son ombre
On ne marche pas seul au désert,
On marche avec son ombre.
L’ombre perdue, oubliée, celle de l’enfance, 
Disparue  en ville, trop de monde, trop de bruit.

Pour retourner au camp dans la grande ombre – nuit.
Quand l’homme s’arrête de marcher,
Il dresse une tente, construit une maison,
Puis un village et une ville apparaissent.
L’homme s’immobilise, il habite en immeuble, la civilisation  commence.
La caravane fait naître l’expérience, la science de l’orientation, 
La reconnaissance des points d’eau,
Des ressources, des dépassements,
Pour qui cherche à se perdre.
Pour qui s’est perdu enfin, rêveur de  transhumance,
Eclaireur de la transparence, l’homme vivant sera nomade.  
Nomade en ville, au quotidien !

 « Donner de l’esprit à l’espace »

Le regard porte loin, il évalue l’espace.
Le regard esthétique voit la ligne  des dunes
Semblable aux courbes sensuelles du corps humain.
Toucher le sable, sa chaleur, sa douceur voluptueuse.
Enfoncer la main dans le sable et le laisser couler entre les doigts pour le plaisir.       « Laisser passer, ne rien retenir ».  

« Dieu a crée l’eau pour que l’homme trouve la vie.

     
Il a crée le désert pour que l’homme trouve son âme ».
   
Les religions monothéistes sont nées dans le désert.
Dans nos marches solitaires il me revient des images bibliques.
Celle du « Peuple en marche  de la Bible, l’épuisement des forces des Hébreux qui attendent la Terre Promise. Abraham et sa famille,  ou Moïse  sortant d’Égypte,
Pour  errer avec son peuple élu  dans le désert pendant quarante années,
A la quête de son Dieu et de la Terre Promise. « Au début était le Verbe ».
L’Ancien testament est né au Désert et chaque désert a son puits où aller s’abreuver.

« Par tout l’espace qu’il n’occupe pas, l’homme peut marcher sur la terre immense.»  Tchouang-tseu

 Œuvres peintes : Évelyne PONCHON
Prologue : Jean VALETTE
Texte : Marie-Pierre BAYLE


lundi 30 janvier 2017

DES CRÊPES RONDES ET DORÉES COMME LE SOLEIL

Les peintres de l'atelier de ce lundi se sont régalés de délicieuses crêpes trois jours avant la Chandeleur.


 Rappelons que la Chandeleur est une fête chrétienne célébrant la présentation de Jésus au Temple. Elle termine le temps de Noël. Le jour de la Chandeleur, on allume des cierges à l'église (chandelles) mais aussi des bougies à la maison. Et, bien sûr, on fait sauter des crêpes rondes et dorées comme le soleil.

Michèle, notre vice-présidente, fidèle à ses habitudes, avait apporté la pâte et chacun les garnitures, confiture maison, crème de marrons ...

Ambiance sinistre comme on peut le constater sur les photos.





lundi 23 janvier 2017

PEINDRE L'EAU AVEC DE L'EAU

Rêverie océanique - Peindre l’eau avec de l’eau.

A travers ses aquarelles, Eliane nous entraîne  dans une  rêverie océanique. 
Vagues de lumière sur les rochers, hommage aux éléments de la nature. Aucune contrainte dans la forme, libre, aérienne et sauvage. Une pureté originelle, une beauté immuable depuis l’origine. 

Eliane met d’abord de l’eau sur le papier et pose ensuite  les couleurs humide sur humide. Elle affectionne le Bleu. Le Bleu est partout, avec toutes les nuances sans cesse changeantes qui font jouer les couleurs humides entre elles. Les gouttes de lumière et d’eau, une eau d’automne océanique aux teintes ocre jaune doré. Invitation à courir, plonger, sauter dans les vagues des vacances. Effervescence de la vie et de la lumière dans son jaillissement incessant, Eliane joue allègrement avec nos émotions.


La descente. 

Une nuit noire et stagnante, le ciel est bleu mais levez le nez et regardez-le en face. Vous serez entraînés dans une chute bleu noir plus infinie que l’océan. 

Des souvenirs de vacances, l’eau des étés sur les rochers où se baigner nus, à ramasser les coquillages. Côtes d’Armor, Cap Fréhel, l’île du Bréhat. Les souvenirs d’Eliane affluent : la longère bretonne que le couple a louée cet été là, en 2009. Nuit d’été lumineuse et sereine et les grandes tempêtes d’automne puis la nuit de Toussaint obscure et mortifère. Ils devaient retourner en Bretagne si…

L’eau se referme sur elle-même pour absorber la vie, la faire macérer dans les tréfonds obscurs.
Le bateau patrouilleur au museau de requin sort à la rescousse des bateaux en péril.
On sent que la mort rôde, cette chienne dévorante et rapace que les marins craignent et respectent. Beauté amère des côtes sauvages et inhospitalières.
La nuit s’étale sur les choses. Aller de l’avant, aller loin, mais aller loin c’est Revenir. 


Trois semaines sur un voilier. Traversée de la Manche, été 2002 .

C’est Catherine qui raconte.
Pleine lune, pas de vent, pas de mer, mer calme, force 3.
Nous naviguons  sur un voilier de dix mètres. Partis de la Trinité sur mer, avons longé la côte bretonne, passé la pointe du Raz, pour traverser la Manche. Nous faisons des quarts de nuit, trois qui dorment et un qui barre sur le pont. C’est mon tour, je fais le quart du matin de 4h à 7h. Nous avançons à six nœuds, douze km/heure. J’ai comme objectif de tenir le cap nord-nord ouest, cap 340. Matin clair, une belle lumière, et la mer toujours calme. Solitude à la barre. Des instants propices à la contemplation. 


Là-bas, de grandes tours flottent sur les vagues. Je ne comprends pas ce que font ces tours sur l’eau. En me rapprochant, c’est une plate forme pétrolière très haute flottant en transit vers le nord, avec deux remorqueurs à l’avant et un à l’arrière. La traversée de la Manche ne manque pas de rencontres surprenantes et d’émotions fortes.

 Pendant quinze jours, nous avons sillonné la côte sud anglaise jusqu’aux Scilly le chapelet d’îles à la pointe sud ouest de l’Angleterre. 


 Vacances terminées… Le retour ! 

Nous sommes au mouillage à Sainte Marie, fiers d’être à côté de Pen-Duick 6, le bateau d’Eric Tabarly. Depuis une semaine la météo marine annonce une tempête. Chaque jour nous reportons notre retour, mais il y a urgence, tous les quatre nous reprenons le travail dès lundi. Pour plus de sécurité, nous avons calculé qu’il nous fallait passer de jour le fameux  rail d’Ouessant. La circulation maritime y est intense, pétroliers, porte-containers, tous les géants de la mer transitent par ce passage. C’est en quelque sorte l’autoroute des bateaux. Le traverser est aussi dangereux que franchir une véritable autoroute.
Au moment où nous quittons le chenal à vingt heures, Marie-Pierre Planchon annonce :
« Avis de grand frais sur mer d’Iroise ».


Tandis que Pen-Duick 6 décide de passer au large, nous décidons de mettre le cap sur Ouessant, la route la plus directe pour rentrer.
Le vent monte régulièrement, la mer s’est creusée et nous nous retrouvons avec un courant de travers très fort à l’endroit où le rail d’Ouessant qui suit la côte fait un coude dangereux. Sous la tempête, le voilier va bien plus vite que prévu et c’est en pleine nuit que nous abordons le coude du rail, là où les gros bateaux rentrent dans la Manche.   

J’ai passé mon harnais sous ma veste de quart à Laurent qui est aux commandes.
Soudain, dans l’obscurité, à côté de moi, par le hublot, un mur. Un immeuble bouche tout l’horizon, comme sur l’affiche ancienne vantant le bateau transatlantique. Notre voilier tout petit au pied d’un géant qui va l’écraser, sans rien voir. Je mets la tête dehors,  je vois l’étrave. 


Jean Mi dit : « Nous allons tous couler ». 
Nous entendons l’hélice du mastodonte tout proche.
- L’hélice va nous aspirer  dit Jean Mi.
- Non la vague d’étrave va nous sortir lance Laurent.

Impossible de faire aucune manœuvre, le bateau vient sur nous. On a sorti la balise Argos, on a tiré une fusée éclairante, celle que l’on tire quand on coule.

-  Je vais sombrer en botte et en pull. Tant pis c’est fini, dommage je n’aurai pas d’enfant.

Les pensées affluent. Impossible de faire quoi que ce soit. Trop tard. Immobiles tous les quatre. Figés, comme une éternité.
Avant que nous puissions faire quoi que ce soit, la masse énorme glisse, les minutes sont longues. Rien. Personne ne nous a vus. Personne sur la passerelle, ni sur le pont du navire. La masse énorme s’éloigne et disparaît de notre champ de vision.

Laurent est mort de trouille, il a cru qu’il ne reverrait pas ses enfants.
C’est Jean Mi qui prend la barre :


-Il faut qu’on se mette au mouillage au plus vite. Nous avons réussi à aller au Stiff et sommes amarrés à côté de « l’Abeille Flandres » qui ne se met au mouillage à Ouessant qu’en prévision de grosse tempête. Arrivés au mouillage, j’appelle le Cross, le service de navigation pour leur signaler l’incident. Les pieds bien ancrés sur la terre ferme, nous nous sommes tous mis à pleurer.
Je ne traverserai plus jamais la Manche sur un voilier. Aucun des quatre n’a retraversé la Manche.
Nous venions de croiser la route du « Grimaldi Lines », le plus grand porte camion du monde, un immeuble de dix étages.
C’est très différent d’un accident de voiture. C’est tellement lent que tu as le temps de voir la mort arriver. Inéluctable ! Le temps qu’il passe. Deux cent quatre vingt mètres de long.

PS : C’est Catherine, fille de Marie Pierre qui raconte. 

Aquarelles :
Texte : Marie-Pierre Bayle.
 

dimanche 15 janvier 2017

L'ALCHIMISTE

MARIE L'ALCHIMISTE


Rare représentation de MARIE l'Alchimiste ( IIIe siècle avant notre ère) en quête de la PIERRE philosophale, de dos, dans son atelier alchimique, en train d'exposer aux vapeurs d'un "bain-marie" la "materia prima"de son imagination.
 



Il suffit de regarder un tableau de MARIE-PIERRE BAYLE et l'on part tel Peter Pan dans un monde imaginaire fait de couleur, de formes, de matières qui vous interrogent :

Dans sa dernière œuvre, là où certains verront une fantasmagorie, un éblouissement pictural, je vois une femme assise tendant un doigt vers la lumière avec l'espoir d'une vie meilleure : tout n'est que questions d'interprétation.

Quel cerveau peut engendrer cette profusion d'idées quasi psychédéliques ?

Lorsqu'on connait le personnage, cela paraît s'expliquer, mais attention, le mystère n'est pas complètement dévoilé et c'est tant mieux ! car il nous réserve encore des surprises. Il nous laisse sur notre faim : L'ART cette beauté intemporelle ......



L'ATHANOR



De la matière vile, une pauvre toile, un peu de bois et quelques clous, le grand processus de distillation dans le four alchimique (Athanor) se met en place. Que de travail et de patience. Faire et refaire, encore et encore, avec humilité et confiance. Ajouter des pigments, le rouge pour l'incandescence et la chaleur, le jaune pour la lumière et le bleu pour la sombre calcination.
Marie exulte - Après un temps sans mesure apparaît une forme semblable à un petit homme, presque transparente et sans substance, l'Homoncule ou Enfant du Soleil. 


L'ENFANT DU SOLEIL
 


Un amas de brindilles, savamment installé sur une toile, du bleu de cobalt, de l’ocre jaune, un orangé et la magie opère…
Un profil se détache, un homme, une femme… ?
Le regard dans le vide, le visage nimbé d’une lueur douce. Sphères lumineuses, astres sacrés, planètes lointaines, pleines, rondes, incandescentes.
L’être, enfant du soleil, élu céleste, drapé dans une tunique bleue est assis sur le côté, appuyé sur une main puissante.
Main de l’artiste créateur, envoyé  pour sublimer la beauté du monde.


Peintures Marie-Pierre BAYLE
Texte bleu Claude MEYNIER
Texte jaune Agnès GUILLOT
Texte rouge Jean VALETTE 

samedi 7 janvier 2017

L'ATELIER DE LA GALETTE

Ce n'était pas le moulin de la galette, on y dansait pas, mais la bonne humeur était invitée pour ce traditionnel rendez-vous des Tupins autour des délicieuses galettes de Pierre-Marie Néel.

Avec des reines et un roi souverainement désignés par le hasard de la découpe.

 Mijo, nouvelle adhérente.

Sylvaine détaillant sa fève.

Claude, grisée par sa couronne.

Pierre, majestueux.

L'occasion d'attaquer l'année sur des projets.

Visite d'expositions, Matisse au Musée St-Pierre à Lyon, 


  Anne &Patrick Poirier au MAM de Saint Etienne,


projet d'atelier avec un intervenant du Burkina-Faso,


préparation de l'exposition sur le nu au théâtre des Pénitents à Montbrison. 



Mais trêve de discours,  laissons  nos Tupins déguster leur galette.


  
et bonne année créative à tous.